Syndrome de l’imposteur et beauté du doctorat

Le syndrome de l’imposteur, vous connaissez ?  Et bien c’est peut-être pour cela que vous êtes un excellent doctorant.

Pour les non-initiés, il s’agirait du fait de rejeter tout résultat mélioratif obtenu, à nier tout accomplissement personnel. En vérité, il s’agit de se considérer comme incapable, et d’estimer que ce sont des facteurs externes (comme la chance ou les relations) qui entrainent la survenance d’une situation bien particulière.

Chez le doctorant, elle peut intervenir de manière bien particulière : celui-ci peut en effet estimer se retrouver indument à la place qu’il occupe. L’effet peut alors être dévastateur. Sans trop faire de recherche, on peut imaginer quelques ressentiments induits par celui-ci.

Par exemple, un financement perçu comme reçu du fait du SI risque de rendre son percepteur face à de réels doutes, et de réels remords : « j’ai volé la place de quelqu’un de plus qualifié » ; « ce qu’on attend de moi, ce qui les as poussés à me recruter, est hors de ma portée »…

Or, à trop croire, on peut soit même se convaincre. Comment ne pas ressentir alors une certaine forme d’abattement. Certains s’en prémunissent en créant des systèmes de défense, tels que l’overdoing, c’est-à-dire l’investissement d’une très grande énergie dans une tâche. Ce n’est alors plus le talent de la personne qui est responsable de son succès mais la quantité de travail qu’il y apporte.

Je ne reviendrais pas sur l’étude menée par Kevin Chassangre et Laetitia Gérard (qu’on peut retrouver par exemple ici : http://cooperationuniversitaire.blogs.docteo.net/2016/05/08/le-syndrome-de-limposteur-chez-les-doctorants/), mais avancerais quelques pistes tout à fait personnelles (et donc, d’un point de vue académique, totalement irrecevables) a cette « peur d’être démasqué », « surévalué », « de ne pas être à la hauteur » (oui, je suis tout de même revenu sur quelques termes du billet suscité).

Tout d’abord j’aimerais aborder la réalité qu’est le statut du doctorant. Ce n’est pas un chercheur. Non, non. C’est un thésard, au mieux un doctorant, mais bien souvent défini comme étant avant tout un étudiant.

Mais de fait, un étudiant (mot dérivé du latin studere, qui signifie « s’appliquer à apprendre quelque chose ») est avant tout un élève ; ou du moins est-il considéré comme tel.

D’après l’étude suscitée, le financement ne semble pas jouer sur la prévalence du SI. Ainsi, même un « étudiant » en CIFRE, pourtant intégré dans un univers professionnel ou ses compétences sont censées être reconnues, peut être touché.

Au fond, c’est peut-être que salarié ou non, il est difficile de sortir de la case « étudiant » quant on l’est à la fois statutairement et socialement. De fait, à part dans quelques publications (comme celles de l’ANDès ou du CJC), le doctorant n’est considéré comme étant avant tout un salarié (s’il a la chance de l’être !) que par la Loi.

J’avancerais peut-être une seconde piste – que je maîtrise encore moins – en m’attaquant au statut de docteur et de chercheur en France. Il est connu que le premier n’est absolument pas reconnu par les entreprises (et, d’ailleurs, pas par grand monde). Le jeune chercheur – que dis-je, le thésard ! – peut alors légitimement se demander « ce qu’il fait là ». Quelle compétence il développe. Pourquoi il étudie un corpus de textes, de tableaux, de valeurs, pour en extraire une minuscule et possible avancée scientifique quant au final « ta cousine travaille, elle, depuis 4 ans avec son BTS CGO. Elle a achevé ses études » (toute ressemblance avec une situation connue serait purement fortuite).

Avec la difficulté à trouver un poste dans la recherche (en tout cas, l’information qu’on fait filtrer aux doctorants quant à leurs chances de devenir EC ou chercheur dans certaines disciplines), ce questionnement peut devenir omniprésent.

Et c’est alors tout notre parcours qu’on disqualifie : « les meilleurs, ils ont fait prépa et l’X, pas un doctorat ». Ce serait alors le nivellement par le bas (tant décrié en licence) qui serait responsable du fait que le doctorant soit aujourd’hui doctorant.

En fait, en réfléchissant, il existe de nombreuses raisons qui peuvent pousser un doctorant à s’estimer être un « raté » : manque de publication, non-intervention en colloque, manque de réseau… Car aujourd’hui, un étudiant-thésard doit aussi faire tout comme les grands : enseigner, publier, communiquer… Mais tout en restant bien sagement un étudiant, soit-il entendu.

Il se « forme », mais est également placé dans une de compétition qu’il s’invente parfois à la lecture de certains articles de presse décrivant l’ESR et la recherche comme une forteresse inatteignable.

Sans compter que la recherche est un monde de requin, soit-il également entendu.

Dans ces conditions, comment ne pas penser qu’on-est pas au niveau ? Mais …

  • Déjà, au-delà de l’employabilité du jeune chercheur, ne faudrait-il pas commencer par se dire que la thèse, en soit, est une expérience formidable ?

Quoi de plus beau que de créer du savoir ? De sentir qu’on fait, ne serait-ce qu’un tout petit peu, avancer la science ? Qu’on aide tous et chacun à la comprendre par de la vulgarisation scientifique ?

Doctorant, vous êtes peut-être également là ou vous en êtes par vos valeurs, votre courage et votre volonté. Le bonheur n’est pas constitué que d’argent et d’un travail prestigieux. Il est aussi composé de petites (ou grandes) victoires personnelles. Et chaque jour, en avançant dans votre parcours initiatique, vous engrangez une petite victoire ; car certes vous avez moins de chance de gagner des millions que si vous aviez fait un autre parcours, mais vous portez haut vos couleurs.

Cela dit, je ne dis pas qu’on ne les porte pas dans le sang, les pleurs et la douleur.

  • Pourquoi le doctorat est-il si peu reconnu en France alors qu’il jouit d’un tel prestige par exemple … en Allemagne.

Mais parce que la France n’est pas au niveau voyons. Ou … Parce que c’est une question de culture ? Non, vous n’êtes pas « nul », simplement disqualifié par une société qui ne vous considère pas à votre juste valeur.

Et il existe tant d’autres raisons d’être fier d’être doctorant.

Pour clore ce billet, j’aimerais simplement dire qu’effectivement, un doctorant est un chercheur en formation. Il n’a ni les mêmes capacités, ni les mêmes devoirs qu’un chercheur expérimenté, et ses connaissances peuvent être extrêmement variables selon son domaine, voire son sous-domaine d’étude. Car au final, ceux qui ne peuvent vous comprendre n’ont peut-être pas le niveau pour le faire … « ce n’est pas parce qu’ils ont tous tort qu’ils ont raison … ».

Si des personnes croient en vous – en particulier votre directeur de thèse – ce n’est pas pour rien ; en tout cas on est en droit de le croire …

Ce n’est pas vous l’imposteur. D’une part vous êtes en formation – d’autant que le SI touche plus facilement les premières années –, d’autre part parce qu’être déstabilisé par la critique, y compris quand on s’autocritique, est facile. C’est le système qui vous pousse à vous déprécier.

Après il existe sans nul doute une frange de chercheur qui est réellement incompétente, y compris au sein des doctorants. Mais je veux croire que celle-ci ne se pose pas la question de savoir si elle l’est ou pas. Ou qu’elle abandonne rapidement.

Et sans entrer dans le débat des thèses médiocres soutenues et donnant lieu à la délivrance d’un diplôme de docteur… croire à nouveau en soit, en ses capacités, après en avoir douté, ce n’est pas le début d’une forme de résilience qui nous rendra meilleur ?

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